Pronostics sur la composition du prochain gouvernement Congolais

À l’approche de la nomination d’un nouveau gouvernement en République du Congo, les commentaires s’intensifient. Analystes de comptoir, observateurs de la rue et de la toile livrent des pronostics parfois fantaisistes, mais souvent porteurs de bon sens, sur la future équipe gouvernementale. À travers ces lignes, nous proposons un condensé des scénarios les plus cohérents qui circulent dans l’opinion et dans les cercles politiques.

Le prochain remaniement gouvernemental, déjà au cœur de toutes les spéculations, s’inscrit dans la logique politique de la République. Il fait suite à l’élection présidentielle de mars 2026, marquée par la réélection de Denis Sassou N’Guesso pour un cinquième mandat consécutif. L’investiture du président réélu, prévue le 16 avril 2026 au stade de la Concorde à Kintélé, marquera la fin du mandat en cours et l’ouverture officielle du prochain quinquennat. Dans cette logique, le Premier ministre actuel devra déposer la démission de son gouvernement dans les heures suivant la cérémonie, afin de laisser place à la désignation d’un nouveau chef du gouvernement par le président réinvesti.

Cette perspective ouvre aussitôt la première série de questions : qui pour succéder à Anatole Collinet Makosso et sera‑t‑il reconduit à la primature ? Sur ce point, le consensus qui se dégage dans les cercles politiques est que le Premier ministre sortant ne serait pas reconduit à son poste. Les raisons évoquées par les spécialistes sont nombreuses, mais la plus évidente tient à une constante observée sous Denis Sassou N’Guesso : la primature reste un poste rotatif. Quant au profil de son éventuel successeur, les noms circulent sans qu’aucun ne se dégage nettement. La seule certitude qui émerge dans l’imaginaire collectif concerne l’origine ethno‑géographique du futur Premier ministre : il sera très probablement issu du centre ou du sud du pays, avec une préférence durable accordée au sud, conformément à la physionomie du magistère Denisien. Rien n’est toutefois écrit à l’avance, et la vie politique réserve souvent des surprises.

En ce qui concerne les reconductions, plusieurs ministres sont fréquemment cités comme candidats potentiels à la conservation de leurs portefeuilles ou à une réaffectation. Bruno Jean‑Richard Itoua, Thierry Moungalla, Pierre Mabiala, Jean Jacques Bouya, Émile Ouosso, Alphonse Claude Nsilou, Denis Christel Sassou N’Guesso, Raymond Zéphyrin Mboulou ou encore Jean‑Claude Gakosso figurent parmi les personnalités souvent mentionnées dans ce registre. Leur maintien ou leur réaffectation dépendra de l’analyse que fera le président sur la phase écoulée, notamment en matière de résultats concrets et de capacités à porter les projets clés de son quinquennat.

Les départs les plus attendus impliquent d’autres figures, dont Hugues Ngouelondele, Jacqueline Lydia Mikolo, Arlette Soudan‑Nonault, Lydie Pongault, Juste Désiré Mondele, Inès Nefer Ingani et Léon Juste Ibombo. Si certains reproches formulés à l’égard de cette dernière palette manquent d’objectivité, les critiques adressées à Hugues Ngouelondele et à Léon Juste Ibombo apparaissent plus ciblées et argumentées. Le premier, en charge des Sports, pourrait être relevé de ses fonctions en raison des nombreuses contre‑performances sportives enregistrées sous sa conduite, mais aussi des récurrents conflits qu’il entretient avec le management de la Fédération Congolaise de Football (FECOFOOT), au point d’avoir engendré des crises inédites dans l’histoire du football congolais. Néanmoins, son statut de gendre du Chef de l’État pourrait, le cas échéant, peser dans la balance et renverser le cours de la décision.

Léon Juste Ibombo, pour sa part, cumule presque dix ans à la tête du ministère chargé des Postes, Télécommunications et de l’économie numérique (MPTEN) depuis son entrée au gouvernement en 2016. Sa trajectoire ministérielle est marquée par la multiplication de tensions et de conflits, dont l’affaire de 2018 avec Yves Castanou, alors directeur général de l’Agence de régulation des Postes et communications électroniques (ARPCE). Nommé par décret présidentiel pour un mandat de six ans non renouvelable, Castanou a été visé par un arrêté ministériel tentant de le destituer, au motif d’un présumé dépassement de la durée de son mandat. Ce bras de fer, largement commenté, a renforcé l’image d’un ministre prêt à contourner les textes et les institutions pour imposer sa volonté. Léon Juste Ibombo est par ailleurs régulièrement accusé, dans les cercles bien informés, de « manger seul », formule codée pour évoquer un centralisme de pouvoir et une gestion opaque. Ses propres collaborateurs se montrent souvent réticents à son maintien, en préférant l’arrivée d’un nouveau visage susceptible de rénover la maison, même au risque de devoir eux‑mêmes quitter le cabinet. On notera également le fait qu’Ibombo n’a figuré nulle part dans la coordination nationale de la campagne du candidat DSN. Enfin, il ne bénéficie pas d’un soutien massif au sein de sa formation politique, le Parti congolais du travail (PCT), ce qui renforce l’hypothèse d’un éventuel limogeage.

La dernière catégorie de noms évoqués dans les pronostics concerne les potentiels entrants et les grands retours au sein de l’exécutif. Les nouveaux visages attendus sont pour l’essentiel puisés dans la génération des jeunes cadres. Belinda Ayessa, pressentie pour succéder à Lydie Pongault, Rachetée Rachel Kombela, Prince Bahamboula, Yves Moundele-Ngollo Ehourossia, Vérone Mankou, Exaucé Ngambili Ibam, Antoine Bien‑Aimé Obam Ondon, Innocent Dimi, Romi Oyo et Michrist Kaba Mboko figurent parmi les noms les plus souvent cités. Selon l’opinion générale, deux ou trois de ces personnalités pourraient intégrer le prochain gouvernement, dans le cadre d’une logique de renouvellement et de mise en avant de cadres technocrates ou de profils médiatiques.

Parmi les scénarios de retour, trois noms reviennent avec insistance : Alain Akouala Atipault, Destinée Hermella Doukaga et Digne Elvis Tsalissan Okombi. Celui qui se distingue nettement de ce trio est sans conteste Alain Akouala Atipault, ancien ministre de la Communication et porte‑parole du gouvernement, puis titulaire du ministère chargé des Zones économiques spéciales. Écarté une première fois en 2015, il est revenu à la tête de ce ministère en 2016 dans le gouvernement de Clément Mouamba, avant d’être finalement débarqué le 22 août 2017. Longtemps absent de la scène gouvernementale, Alain Akouala Atipault a effectué un retour au Comité central du PCT lors du 6ᵉ congrès de la formation en 2025, signal fort d’une réintégration progressive dans le cercle décisionnel. Reconnu comme l’une des figures les plus au fait des mécanismes des Zones économiques spéciales, dont il a participé à la mise en œuvre, il apparaît comme un recours crédible dans un contexte où la diversification économique constitue une priorité affichée par le président de la République. Dans ce cadre, un retour d’Alain Akouala Atipault au sein du prochain gouvernement ne surprendrait pas ceux qui suivent de près les équations politiques sous le magistère Denisien.

Jusqu’à ce que la décision officielle soit rendue par qui de droit, les pronostics resteront des spéculations. En attendant, la seule certitude tient dans la règle non écrite du pouvoir à Brazzaville : patience, pragmatisme et culture du « wait and see ».

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